Lundi, c’était ma fête, j’ai vingt-deux ans, une collection de souliers de couleurs bubble gum pop, une pince à sourcils utilisée trop souvent, encore plein de coca zéro dans le réfrigérateur, des gros seins, un livre sur une washingtonnienne obsédée par la queue de politiciens, les pieds les plus laids du monde, des collants troués, le ventre rempli d’une danoise aux fruits des champs, le ventre rempli, mais pas encore rempli comme il le faut, j’ai vingt-deux ans, de belles fleurs sur la table devant moi, une amie extra que je trout slap, j’écoute de la musique gangsta, je suis super heureuse, le printemps, les robes extra courtes dans ma garde-robe, et tout, mais j’ai le ventre vide de bébé.
Lundi, c’était ma fête et j’ai magasiné avec ma maman. Nos sacs de chez Tristan, Chapters et Marciano déposés sur les chaises à côté de nous, nous avons discuté de plein de trucs, d’elle qui m’a eu à vingt-cinq ans, qui se souvient d’avoir tellement aimé être enceinte, qui se souvient que j’étais un gros bébé joufflu, et elle m’a dit, pendant que je mangeais ma salade de quinoa, elle m’a dit qu’elle avait hâte de magasiner avec moi des vêtements de maternité. J’ai ri, j’étais heureuse qu’elle me dise ça, je lui ai dit que je voudrais que des robes super moulantes pour mon bedon, des robes en coton American Apparel qui montreraient bien ma fierté de future maman.
Je suis comme ma maman, même si à quinze ans je voulais pas trop, même si mon visage allongé retient plus de mon papa, j’ai la petite bouche de ma maman, ses yeux foncés, les mêmes envies de croustilles au bacon, et surtout la même envie, celle d’avoir une famille avant mes trente ans. Ma maman, bam bam bam, une fille à vingt-cinq ans, et deux petits gars qui suivent trois ans après, le rêve. Et lundi, le soir, quand je mangeais du gâteau entourée de mes parents, d’un de mes frérôts et de mon monsieur Big, je me disais que je serais comblée si j’étais vraiment comme ma maman, une fois maman à mon tour, mais peu importe, si je deviens pas la reine des croque monsieurs comme elle, je suis déjà tellement chanceuse de pouvoir promettre à un futur bébé les meilleurs grands-parents du monde. Une grand-maman qui lui trouvera des albums rigolos et des jeans avec des cœurs ou des têtes de mort brodés dessus, une grand-maman qui lui donnera des supers calins, et des suçons au beurre. Un grand-papa qui prendra un million de photos de lui, en tutu rose ou en costume de pirate, avec un casque de douche sur la tête ou les pieds dans le bol d’eau du chat.
Lundi, c’était ma fête, et je me suis dit que l’année prochaine, à pareille date, je serais probablement en voie d’être aussi grosse qu’une planète.