Thank God, je peux boire encore.

Moi j’aime les histoires, j’aime l’histoire de ma rencontre avec mon monsieur Big, j’aime l’histoire d’amour de près de trente ans de mes parents, j’aime tout ce que raconte Bukowski ou Garcia Marquez ou Evelyn Lau. Je voulais une belle histoire. Je voulais dire à mon garçon, ou à ma fille, je suis partie une semaine, en voyage, dans un pays chaud, aux ouragans trop fréquents, un pays envahi par les libano-anglaises exhibitionnistes, un pays aux vagues de six mètres, au sable pâle. Je voulais raconter à l’enfant que je n’ai pas encore que j’ai fait l’amour en regardant des oiseaux sauvages, que j’ai pensé à lui à toutes les secondes ou j’étais sur les draps blancs, que j’ai pensé à lui en achetant toutes les robes courtes et sexys pour le voyage, les robes que je pensais porter pour la première et dernière fois avant quelques mois, les robes que je portais pour être tentante, pour me souvenir, grâce aux photos, que j’étais belle et mince. Je voulais raconter tout ça, et revenir ici, et ne pas passer de tests, attendre un peu, l’attendre, bien manger, plus de coca, plus d’alcool, plus de stress, que de belles pensées et un dernier bain chaud moussant.

 

Mais il n’est pas encore là et quand j’en parle à ma maman, elle dit que je le veux trop, cet enfant, que je la veux trop, cette histoire. Elle est tombée enceinte bang bang en un mois pour moi, et bang bang un mois pour mes frères aussi.

 

Quand j’avais quinze ans, je ne voulais pas d’enfants. Je me disais que de toute façon, j’étais infertile ou certaine de mourir avant trente ans. Je voulais écrire et mourir sur la route, avec une robe vintage abîmée par la pluie. Je veux pas. Je veux pas être infertile, avoir des ovaires inutiles ou mourir avant trente ans. Je n’y crois plus. Mais j’ai peur quand même un peu, un tout petit peu, peut-être que ma maman a raison, peut-être que je veux trop.

 

Mais pourtant, j’ai toujours ce que je veux, je suis tout le temps heureuse, j’ai mes abricots, mes revues à potins, mes souliers rose bonbon, mon amour, mon amour aux poings fermés, qui s’acharne sur des ordis, et moi, et moi, je m’acharne sur rien du tout, je crois, je suis heureuse, mais j’y pense trop. Je veux mon histoire, je veux raconter la plus belle des histoires et caresser mon ventre tout le temps, tout le temps.

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